Lynda Lemay, Premier bilan

11 septembre 2011

lynda lemayRENCONTRE Toujours aussi happée par l’écriture et la scène, la chanteuse sort un best of agrémenté de cinq inédits.

Vous sortez un best of. Est-ce l’heure du premier bilan ?
>> Ma signature (2006, ndlr) était mon dixième album. J’estimais que c’était un bon chiffre pour commencer à faire un bilan. Celui-ci dure depuis quelques années mais je n’avais pas trouvé le moment pour compiler les chansons qui ont été marquantes. Comme le dernier album (Blessée, ndlr) datait d’à peine un an, je ne voulais pas que la tournée ne soit pas accompagnée d’un nouveau disque. Mais on aurait été serrés dans le temps. Et c’est ma soeur Diane, ma grande complice et presque jumelle, qui m’a dit que c’était peut-être le moment de faire ce best of.

Quel recul avez-vous sur vos vingt ans de carrière ?
>> C’est bizarre parce que je ne réalise pas tout ce qui s’est passé.
Parfois, je me force à regarder le chemin parcouru et j’ai conscience que c’est extraordinaire. Mais dans mon coeur, je suis encore à l’aube d’une carrière que je viens de commencer et qui reste à construire. Je ne me sens pas encore arrivée. Mon corps est celui d’une femme de 45 ans mais j’ai la même spontanéité sur scène. Je suis encore la petite fille de 23 ans qui débute et qui veut faire découvrir ses chansons avec la même impatience.

Peut-on dire qu’à vos débuts vous avez bénéficié d’un fantastique bouche à oreille ?
>> Complètement.
C’était incroyable et rapide. Quand je suis arrivée chez vous, j’avais une expérience de petites scènes depuis presque dix ans. Donc j’étais peut-être plus convaincante. Je suis passée très vite du Sentier des Halles à l’Olympia.

Charles Aznavour et Pascal Sevran étaient vos premiers fans…
>> Les deux m’ont donné un coup de pouce et ont été très présents pour dire de jolis mots sur moi. Cela a aidé le début de ma carrière, les gens ont écouté avec une autre oreille. Encore aujourd’hui, on entend : « C’est la protégée de Charles Aznavour ».

Êtes-vous surprise par l’extraordinaire fidélité de votre public ?
>> Je touche du bois, je veux que ça continue (rires). L’enthousiasme est toujours au rendez-vous. Je ne veux pas avoir une réaction de public face une artiste établie. C’est aussi pour ça que je laisse toujours de la place à des nouveautés dans mes spectacles. Contrairement à des artistes, j’ai un public qui n’est pas déçu quand je lui propose une nouvelle chanson en spectacle. Dans le prochain où je serai à la guitare accompagnée seulement d’un piano et de violons, il y aura d’ailleurs encore plus d’autodérision.

Combien de chansons dans vos tiroirs ?
>> Je ne peux même pas les compter (rires). Quand j’en commence une, je me donne toujours comme défi de la terminer même si je sais que je ne suis pas en train d’écrire la plus grande chanson au monde. Parfois, je me dis que je devrais faire un album où je sortirais mes anciennes chansons qui formaient mes premiers spectacles au Québec.

Chacun a sa chanson. Mais « Le plus fort c’est mon père » n’est-elle pas la plus fédératrice ?
>> C’est également ma chanson fétiche. Elle n’a jamais quitté mon répertoire. Je la chante encore et toujours avec autant d’émotion. Même si j’ai vécu d’autres choses depuis que je l’ai écrite, il y a la même intensité. C’est incroyable la manière dont les gens l’aiment alors que ce n’est pas une chanson qui a été numéro un à la radio. Et il y a désormais beaucoup de jeunes artistes qui la reprennent pour des concours.

L’amour entre vos parents est-il exemplaire ?
>> Ce n’est pas évident de retrouver souvent des relations entre un homme et une femme comme celle de mes parents. C’est admirable de s’aimer de la sorte avec autant de respect.

Écrire est-il aussi vital que de chanter ?
>> Ne plus chanter serait épouvantable, me passer d’écrire serait juste impossible. C’est ma passion première, un bonheur égoïste que je dois pouvoir m’offrir sous peine d’étouffer ou de devenir dépressive. Quand on goûte à la scène, on reçoit une incroyable dose d’adrénaline et d’amour.

Vous disiez il y a une dizaine d’années : « J’écris pour me préparer au pire ». Est-ce toujours le cas ?
>> Absolument. Ce n’est pas négatif, c’est juste être consciente que tout peut nous arriver. On est à l’abri de rien dans la vie. Celle-ci est ponctuée d’obstacles et d’épreuves. Et parler de ça en chanson, c’est essayer pour moi de trouver de l’espoir dans la situation dite.

Comment expliquez-vous que ce qui touche à l’humain soit si viscéral chez vous ?
>> J’ai été élevée par des parents aimants. Ce n’était pas le vrai monde. Je ne pensais même pas que la violence existait, je connaissais très peu l’être humain et ses travers.
C’est en sortant de mon petit cocon familial que j’ai découvert tout ça. J’aime les gens et je ne juge pas. Je trouve que je ressemble à presque tout le monde : je vois les similitudes mais aussi à quel point nos épreuves ont été différentes.

Est-ce une discussion avec Patrick Sébastien qui vous a inspiré la chanson inédite « Pas de mot » qui évoque la douleur de perdre un enfant ?

>> Il m’avait invité dans Le plus grand cabaret du Monde. Dans sa loge, on discutait et tout d’un coup dans la conversation, il me dit (il a perdu un fils dans un accident de moto, ndlr) : « Tu sais, quand on perd ses parents on est orphelin, quand on perd sa femme on est un veuf et quand on perd son enfant il n’y a pas de mots ». À la fin de la conversation, il ajoute : « Je n’ai jamais écrit la chanson mais toi tu pourrais le faire ». Et dans l’avion du retour, je l’ai fait.

Certains vous taxent de féministe. Que leur répondez-vous ?
>> Je me sens femme mais pas féministe.
D’ailleurs dans ce prochain spectacle, vous verrez que je suis plus dure envers les femmes que les hommes. Il y a notamment une chanson qui s’appelle Femme au volant. Vous imaginez déjà ? (rires)w

Nord Éclair

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